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20/10/11 - DENTOSCOPE 87/2

BILAN CAO* ET XBI**

Où en sont vos patients ?

À la fois objectif, facile à dresser, gratuit ou presque, utilisé à l'échelon international, le « bilan CAO » pourrait constituer un fidèle marqueur de santé publique, permettant notamment d'établir des comparaisons entre différentes catégories de population et d'évaluer les soins devant être apportés dans ce domaine.

Or, tel n'est pas le cas et c'est sans doute bien dommage. Une démonstration vient d'en être apportée par un travail publié dans le dernier numéro (daté du 13 septembre dernier) du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de l'Institut national français de veille sanitaire (InVS). Ce travail a été mené dans le cadre de la Mutualité sociale agricole (MSA), l'organisme de protection sociale obligatoire des salariés et exploitants du secteur agricole, soit environ quatre millions de personnes, salariées ou non. Il est signé de Jean-Marie Blanchoz, Barbara Zamparo et Véronique Danguy (Caisse centrale de la MSA). Après plusieurs études témoignant de l'ampleur potentielle du problème, cet organisme a mis en place en 2004 un programme de prévention bucco-dentaire bénéficiant à des populations identifiées comme étant à risque ou ayant atteint un certain âge. L'étude publiée aujourd'hui résulte des observations conduites sur 7 744 personnes de plus de 65 ans ayant accepté de consulter un chirurgien-dentiste en 2008 pour un bilan bucco-dentaire. Les premières données recueillies (sur les caractéristiques sociodémographiques, l'état bucco-dentaire, les habitudes de suivi et les besoins en soins) ont ensuite été standardisées pour donner des résultats fidèles à l'ensemble de la population adhérente à la MSA. « Les participants avaient en moyenne plus de la moitié de la denture cariée, absente ou obturée », résument les auteurs. « Ils avaient en moyenne 8,5 dents absentes, dont 2,7 n'étaient pas remplacées par une prothèse. Les besoins en soins étaient également très importants. Cette première étude sur des volontaires à un examen de prévention fait état d'un très fort besoin en soins bucco-dentaires prioritaires, voire urgents. Elle a aussi permis de mettre en évidence le fait que les femmes, qui souffraient au départ un d'état bucco-dentaire moins bon que celui des hommes, ont à 65 ans, grâce à une meilleure prise en charge, une fonction masticatoire plus efficace. » Au total, l'indicateur CAO* était de 15,9 sur la base de 28 dents. Après les dents absentes, venaient les dents obturées (6,4) et les dents cariées (1). Un participant sur cinq avait au moins cinq prémolaires ou molaires absentes, ce qui ne peut manquer de constituer une réelle gêne pour la mastication.


Qu'en est-il chez les enfants ?

Selon l'Union française pour la santé bucco-dentaire (Ufsbd), la France est parmi les cinq premiers pays européens en matière de bonne santé bucco-dentaire. Les « bons élèves » sont ceux qui ont un CAO autour de 1 : les pays d'Europe du Nord (Royaume-Uni, Suisse, Suède...). Les pays latins (Portugal, Italie...) sont les « mauvais élèves » avec un CAO élevé. Une étude a été menée en 2006 par l'UFSBD chez les enfants de six ans et douze ans. À six ans, 63 % ont un indice CAO à 0 (63 % des enfants sont indemnes de toute lésion carieuse) et 29,6 % des enfants nécessitent des soins avec, en moyenne, trois dents à traiter. À 12 ans, 56 % des enfants ont encore un indice CAO à 0 et 23 % ont en moyenne deux dents à traiter. « Ces résultats ont révélé de fortes inégalités sociales en matière de santé bucco-dentaire puisque 80 % des caries devant être soignées sont localisées dans 20 % de la population française, la population la plus défavorisée. On a constaté par ailleurs dans cette population, une alimentation souvent riche en sucre, une surconsommation de sodas et la pratique du grignotage. » Chez les personnes âgées, l'affaire dépasse la seule population des adhérents à la MSA. Plusieurs travaux ont ainsi établi que des dentures en mauvais ou très mauvais état sont fréquemment retrouvées chez l'ensemble des personnes ayant dépassé les 65 ans, qu'elles vivent à domicile ou qu'elles soient placées dans des établissements d'accueil. C'est également le cas des personnes souffrant de précarité, comme le démontre un travail concernant la santé bucco-dentaire des adultes de 35-44 ans examinés dans les centres d'examens de santé. Conduit sous l'égide de l'InVS, ce travail a été mené dans 110 de ces centres après de plus de 380 000 personnes dont une partie (25 % d'hommes et 30 % de femmes) étaient en situation de précarité vis-à-vis de l'emploi.

Des examens bucco-dentaires complets réalisés ici par des chirurgiens-dentistes, il ressort que la précarité mais aussi la catégorie socioprofessionnelle, le tabagisme, la consommation d'alcool, l'hygiène dentaire sont des déterminants majeurs de la santé buccodentaire. Les consommateurs de tabac ont deux fois plus de risques d'avoir une surface masticatoire insuffisante que les non-fumeurs ; les femmes inactives précaires ont sept fois plus de risques d'avoir une surface masticatoire insuffisante que les cadres supérieurs non précaires ; les personnes ayant beaucoup de tartre sont dix fois plus atteintes par la gingivite que les autres.

On sait d'autre part que ces situations peuvent avoir des conséquences graves sur l'état de santé général (endocardites, accidents vasculaires cérébraux, abcès pulmonaires...). Il est également établi qu'existent des liens aggravants réciproques entre le diabète et les maladies parodontales, affections touchant les tissus de soutien des dents. C'est pour tenter de prévenir autant que faire se peut ces conséquences pathologiques que la MSA propose à ses ressortissants, dans les six mois suivant leur 65e anniversaire, de se rendre chez leur chirurgien-dentiste pour que ce dernier réalise un bilan bucco-dentaire, fournisse des conseils personnalisés et un bilan des soins nécessaires.

 

* C : nombre de dents cariées, A : absentes ou
O : obturées. ** X : nombre de dents amovibles, B : de bridges ou I :
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