Cas clinique
25/05/11 - DENTOSCOPE 82/11
Rôle du traitement orthodontique dans une réhabilitation esthétique complète
Dr Leonid RUBINOV
Trouver un équilibre entre une restauration faciale et un idéal esthétique peut s'avérer un véritable challenge. Néanmoins, l'apport d'un traitement orthodontique dans une réhabilitation complète avec des malocclusions préexistantes peut amener des améliorations significatives dans l'état général des patients.
Dr Leonid RUBINOV
• Membre de l'Association internationale d'orthodontie et de l'Association américaine d'orthodontie fonctionnelle.
• Praticien privé, il est également enseignant au sein du College of Dentistry de l'université de New York.
L'exécution d'un traitement orthodontique, avec une attention particulière donnée aux proportions dento-faciales, entraîne le remodelage du complexe dento-alvéolaire et met en place des résultats stables lorsqu'on tient compte à la fois de l'âge du patient et du traitement lui-même. Ce résultat est rendu possible en raison de la réponse « tout os » mécanique du traitement orthodontique, durant lequel les os alvéolaires se déplacent en conjonction avec les dents en créant un nouvel os alvéolaire, tout en résorbant l'os plus ancien. Le résultat obtenu améliore les proportions du visage ainsi que l'articulation temporo-mandibulaire. Ceci permet d'ouvrir la voie à des procédures restauratrices plus satisfaisantes. La mise en œuvre de cette philosophie de traitement entraîne pour le patient une amélioration fonctionnelle toujours très appréciée, une apparence plus jeune, un sourire agréable et la bonne occlusion dont il a toujours rêvée.
Quand on cherche à améliorer à la fois l'esthétique dentaire et celle du visage, on est en butte à un challenge parfois difficile pour un dentiste. « Parmi les dentistes, certains considèrent que l'esthétique faciale n'est pas vraiment leur priorité. » (1). Or une approche interdisciplinaire qui inclut le traitement orthodontique permet au praticien de définir un objectif, malgré les difficultés à obtenir un résultat spectaculaire, surtout si l'on tient compte de l'apparence faciale du patient.
« Les traitements multidisciplinaires donnent à l'équipe dentaire l'occasion de changer, à la fois la forme, mais également l'apparence d'une personne, son caractère ou son image et en même temps permettent d'offrir une restauration qui est fonctionnelle et durable. » (2). Le Dr Jose FLORES affirme ainsi dans un article : « Tout traitement interdisciplinaire qui combine l'orthodontie, l'implantologie et la prothèse nous permet d'obtenir des résultats prévisibles, de qualité, qui sont stables dans le temps, esthétiques et fonctionnels, surtout dans le cas d'adultes avec de grands espaces édentés et des problèmes dentaires multiples sur chaque arcade. » (3).
L'objectif de cet article est d'établir un cadre philosophique basé sur un ensemble de priorités dans la planification du traitement esthétique, parmi lesquelles l'amélioration de la beauté du visage et la création de bonnes proportions. Une approche interdisciplinaire, commençant par les traitements orthopédiques dento-faciaux et l'orthodontie, permet au dentiste de se concentrer sur l'apparence faciale du patient, au lieu de simplement traiter les dents et leur occlusion. L'article du Dr Josh JEFFERSON stipule que : « Les visages réellement beaux présentent des proportions idéales. Ces proportions idéales sont directement liées à des proportions qu'on pourrait qualifier de « divines ». C'est ainsi que la prise en compte d'un standard universel pour la beauté des visages simplifiera considérablement le diagnostic et le traitement des dysharmonies et des anomalies faciales et dentaires. Plus important encore, traiter selon ces règles permet de maximiser l'esthétique faciale, une meilleure articulation temporo-mandibulaire, tous les aspects psychologiques et physiologiques de la santé, la fertilité, et la qualité de la vie. » (4). Ainsi, incorporer ce principe universel dans le traitement des cas compliqués devrait mener à l'amélioration de l'apparence extérieure du patient. La présence de malocclusions préexistantes des cas de patients adultes, nécessitant une réhabilitation complète de la bouche, rend la réalisation des objectifs susmentionnés plus difficile et souvent impossible à mettre en œuvre à l'aide d'une seule modalité de traitement.
Les cas présentés dans cet article peuvent être considérés comme une illustration de l'approche interdisciplinaire qui peut aider la planification et l'exécution de traitements complexes des patients atteints de malocclusions préexistantes. Un traitement orthodontique bien conduit doit rétablir les meilleurs rapports dento-faciaux, lesquels garantiront ensuite la réussite de la phase prothétique et un résultat esthétique aussi parfait que possible.
Cas N°1
Une patiente âgée de 55 ans s'est présentée à la consultation avec une constriction maxillaire et bilatérale et une occlusion croisée. La précédente demande d'amélioration esthétique de son sourire avait été rejetée par de nombreux praticiens en raison de la position très défavorable de ses dents maxillaires ; (Fig.1 à 5). Les analyses cliniques obtenues grâce à l'évaluation des photographies du patient, les radiographies et les modèles ont montré que le traitement orthodontique initial était indiqué afin de répondre aux attentes de la patiente. Le traitement orthodontique a commencé avec l'utilisation de dispositifs amovibles et fonctionnels (système Schwarz), afin d'éliminer la constriction du maxillaire et obtenir une taille appropriée par rapport à la mandibule.
Plusieurs mois plus tard, l'expansion de 6 mm du maxillaire a été atteinte. La taille et la largeur du maxillaire sont devenues suffisantes et des brackets ont été placées sur les arcades inférieure et supérieure afin de déplacer les dents en position plus favorable pour les restaurations futures. Quatre mois plus tard, les objectifs de cette première partie du traitement avec des brackets ont été obtenus ; (Fig.6) et deux mois plus tard les brackets ont été supprimées. Les nouvelles positions et les relations entre les dents supérieures et inférieures sont devenues beaucoup plus favorables pour permettre la suite restauratrice du traitement ; (Fig.7 et 8).
La taille et la forme du maxillaire ont sensiblement évolué ; (Fig.9, 10). L'apparence du visage du patient, l'occlusion et la position des dents se sont considérablement améliorées à ce point du traitement. La partie réparatrice du traitement a pu être poursuivie. Les dents maxillaires ont été préparées
pour la réalisation d'une couronne en zircone sur 14, d'un bridge de trois éléments en zircone entre 23 et 25 (pour remplacer les restaurations existantes) et de facettes en porcelaine sur 13, 12, 11, 21 et 22. Puis des empreintes finales ont été prises. Deux semaines plus tard, notre cas était terminé et les restaurations insérées. L'effet du traitement sur l'apparence faciale du patient, l'occlusion, la fonction et l'esthétique du sourire obtenus étaient assez remarquables ; (Fig.13 à 15). Six mois après l'achèvement du traitement, les résultats étaient stables et satisfaisants pour la patiente ; (Fig.16). La patiente a subi des examens de tomodensitométrie plusieurs mois après l'achèvement du traitement ; (Fig.11 et 12). L'objectif de cette recherche était d'évaluer l'effet à long terme du traitement terminé interdisciplinaire sur la condition et l'intégrité de l'os alvéolaire, et sur la position et la stabilité des racines des dents au sein de l'os. L'étude de ces images montre la compatibilité de l'image avec l'os alvéolaire normal et les racines des dents positionnées proportionnellement dans les limites de l'os. Il n'y a aucun dommage visible et on ne peut observer aucune déhiscence ou fenestration dans la table alvéolaire vestibulaire et aucune perte osseuse. Ces tomodensitométries illustrent le remodelage de l'os et sont la parfaite image de la réponse au traitement orthodontique exécuté avec succès.
Cas N°2
Une patiente, âgée de 40 ans, se présente à notre consultation avec de nombreuses inquiétudes concernant son sourire ; (Fig.17 et 18). Ses dents antérieures sont trop verticales, elle a une forte supracclusion avec un sourire gingival important, l'esthétique est plutôt désagréable car ses restaurations prothétiques sont inappropriées ; (Fig.19).
Elle a également eu de nombreux symptômes temporo-mandibulaires tels que : maux de tête persistants, des douleurs dans les zones de temporales droite, gauche et en arrière de la tête. Elle avait aussi des douleurs cervicales fréquentes, des difficultés à ouvrir la bouche largement, des craquements au niveau de ses articulations et des acouphènes. Elle était bruxomane la nuit et avait de fréquentes douleurs au niveau des articulations temporo-mandibulaires. L'examen clinique et des radiographies montrent que la patiente présentait une malocclusion de classe II, avec des dents maxillaires antérieures en position trop verticale, une rétroposition, entraînant sa mandibule en position distale ; (Fig.20). La position distale de la mandibule poussait les condyles du patient en position postérieure et supérieure, causant ainsi les symptômes susmentionnés au niveau de l'ATM. Le plan de traitement pour cette patiente visait à faire avancer sa mandibule vers le bas et par conséquent à améliorer son apparence et à éliminer les problèmes d'ATM. L'expansion du maxillaire avec une protrusion des incisives antérieures était nécessaire afin d'obtenir la protusion de la mandibule.
Ces objectifs ont été atteints en quatre mois de traitement en utilisant un appareil amovible à trois vérins ; (Fig.21 et 22). Les brackets supérieures et inférieures ont été placées afin de déplacer les dents dans les meilleures positions possibles pour le traitement restaurateur futur. À la fin de cette étape du traitement, les changements squelettiques sur la face de la patiente et sur les maxillaires étaient évidents ; (Fig.23).
La partie restauratrice du traitement a été effectuée par la fabrication de nouvelles restaurations maxillaires : des couronnes zircone ont été placées sur 12, 22, 24, 25 et 26. Des facettes en porcelaine ont été placées sur 15, 14, 13, 11, 21 et 23. Des gingivectomies sur les dents maxillaires antérieures ont été exécutées avant la préparation de ces dents pour améliorer les proportions des restaurations futures et minimiser le sourire gingival. La partie restauratrice du traitement a été complétée par la fabrication de cinq couronnes zircone à la mandibule sur 36, 35, 34, 44 et 45 ; (Fig.24 à 26). Les résultats définitifs du traitement peuvent être caractérisés par un triple effet : l'apparence faciale de la patiente est considérablement améliorée, lui offrant un « look » beaucoup plus équilibré, bien proportionné et jeune. Son sourire est amélioré avec une nouvelle esthétique grâce à de belles restaurations, plus fonctionnelles, un rétablissement occlusal satisfaisant et la disparition du sourire gingival. Enfin les symptômes de la patiente au niveau des ATM ont presque totalement disparu, permettant une disparition de la douleur.
CONCLUSION
L'apport du traitement orthodontique à l'approche interdisciplinaire pour la réhabilitation complète des bouches présentant des cas difficiles avec malocclusions préexistantes peut entraîner une amélioration significative de l'apparence globale du visage du patient et de l'occlusion, une meilleure fonction et un sourire bien plus esthétique. Cette philosophie de traitement donne au praticien l'occasion d'appréhender les patients de façon différente, en commençant par l'évaluation de la beauté d'un visage. Le traitement orthodontique avec une attention spéciale au traitement orthopédique dento-facial permet le remodelage des os alvéolaires du patient et de l'ensemble du complexe dento-alvéolaire. Le mouvement de l'os crée une bonne relation orthopédique entre les maxillaires avec des résultats stables et une bien meilleure santé des ATM, indépendamment de l'âge du patient. La mise en œuvre de cette phase du traitement place les dents et les maxillaires dans des positions qui rendront considérablement plus aisée la partie restauratrice restant à effectuer par le chirurgien-dentiste. L'ensemble des résultats du traitement améliore l'esthétique du visage en lui donnant un aspect plus jeune et une occlusion appropriée donnant au patient une meilleure capacité fonctionnelle et le sourire attrayant dont il rêvait.
SCHULHOF de la Clinique chirurgicale North Jersey pour leur aide dans
l'obtention des examens de tomodensitométrie des patients. Traduction et
interprétation : Dr Paul AZOULAY
Réaménager les os alvéolaires
La philosophie des traitements qui prévaut en dentisterie générale et en orthodontie est basée sur l'hypothèse de la fixité de l'os alvéolaire au terme du développement du complexe dento-alvéolaire et de l'éruption des dents permanentes or il est possible de réaménager les os alvéolaires plus tard dans la vie.
Dans leur article intitulé : « Au-delà du ligament : une vue d'ensemble sur l'aspect parodontal et osseux de l'orthopédie dento-faciale et la falsification de l'immuabilité alvéolaire universelle », Michael O. WILLIAMS et Neal C. MURPHY (11) écrivent : « Quand une base théorique pour des résultats cliniques manifestement réussis ne peut pas être démontrée par la biologie de mouvement dentaire orthodontique (OTM) traditionnelle (qui se concentre exclusivement sur le ligament parodontal comme l'organe fonctionnel), une nouvelle hypothèse devrait être construite sur l'ancienne. C'est le cas des forces agissant au-delà du ligament qui peuvent être déterminantes pour la forme de l'alvéole et l'aspect dento-facial qui en découle. Cette morphologie ne vit, ne se développe et ne meurt que par les positions des racines dentaires. Donc la physiologie orthopédique dento-faciale de l'alvéole ne nie pas la pertinence des phénomènes liés aux ligaments parodontaux, mais simplement va au-delà du ligament pour analyser la réponse alvéolaire aux forces orthopédiques à partir d'un point de vue plus complet de structures osseuses. Le comportement de l'os ne peut pas seulement s'expliquer totalement avec le modèle tension-pression parodontale. »
Les cas présentés dans cet article montrent que le remodelage et le réaménagement des structures dentaires et du visage du patient peuvent être effectués à l'aide d'une approche d'orthopédie dento-faciale indépendamment de l'âge du patient. Les changements obtenus sur le visage des patients, la taille des maxillaires, l'occlusion et les positions des dents, ne peuvent pas s'expliquer seulement par le mouvement simple des dents, mais plutôt par la réponse de l'os alvéolaire comme un « ensemble ». Un taux élevé de l'activité ostéoblastique/ostéoclastique des os contribue à la capacité d'adaptation permanente du complexe dento-alvéolaire de l'adulte où les os alvéolaires se déplacent en conjonction avec les dents en construisant un nouvel os tout en résorbant l'ancien dans le même temps.
Théodore BELFOR affirme également : « Lorsque la croissance musculaire et osseuse est terminée, le corps atteint un équilibre biologique et la croissance osseuse cesse. Le fait d'intervenir sur l'os palatin et alvéolaire avec des forces intra-orales chez les adultes stimule la réapparition de l'activité ostéoblastique et la croissance des os. » (12)
BIBLIOGRAPHIE
1. David M. SARVER, DMD, MS : « Croissance, maturation et vieillissement : comment l'équipe dentaire améliore l'esthétique faciale et dentaire pour une longue période de vie ». Compendium. Mai 2010. 31 (4): 274-283.
2. Robert R. DEL'HIVER DDS : « Planification du traitement interdisciplinaire : pourquoi n'est-ce pas une norme de traitement ? » Journal esthétique restauration Dent. 2007 ; 19 (5): 284-288.
3. Jose Maria RODRIGUEZ FLORES MD, DDS, MSD IBO : « Traitement orthodontique multidisciplinaire chez les patients adultes : l'avenir de l'orthodontie ». International Journal of orthodontie. 2010 ; 21 (3): 11-21.
4. Yosh JEFFERSON, DMD : « La beauté du visage - établissement d'une norme universelle ». International Journal d'orthodontie. 2004 ; 15 (1): 9-22.
5. Gary ENGELKING et U. Björn ZACHRISSO : « Effets du repositionnement d'incisives sur le parodonte de singe après expansion de la table osseuse corticale ». American Journal of orthodontie. Volume 82, numéro 1er juillet 1982, pages 23-32.
6. Birgit THILANDER, Sture NYMAN, Thorkild KARRING et Ingvar MAGNUSSON : « Régénération osseuse dans les déhiscences de l'os alvéolaire liées aux mouvements orthodontiques des dents ». European Journal of orthodontie 5: (1983) 105-114.
7. Birgitta LINDSKOG-STOKLANCT, Jan L WENNSTROM, Sture NYMAN et Birgit PHILANDER : « Mouvement orthodontique de dents en zones édentées avec hauteur osseuse réduite. Une étude expérimentale chez le chien ». European Journal of orthodontie 15: (1993) 89-96.
8. Birte MELSEN : « Réaction biologique de l'os alvéolaire au mouvement orthodontique de la dent ». L'Angle orthodontiste 1999:69 (2): 151-156.
9. Birte MELSEN : « Réaction des tissus au mouvement orthodontique de la dent - un nouveau paradigme ». European Journal of orthodontie 23:671-681, 2001.
10. V. CACCIAFESTA : « Dr Birte MELSEN sur le traitement orthodontique adulte ». J clin orthod 12:703-716, 2006.
11. Michael O. WILLIAMS, Neal C. MURPHY : « Au-delà du ligament : une vue d'ensemble sur l'aspect parodontal et osseux de l'orthopédie dento-faciale et la falsification de l'immuabilité alvéolaire universelle ». Séminaires en orthodontie, Vol. 14, N° 4 (décembre), 2008: pp 246-259.
12. Théodore BELFOR : « Épigénétique orthodontie : soin du visage et le développement des voies respiratoires ». Le New York State Dental Journal, Vol. 76, N° 6, 2010: pp 18-21.
























